MON CONSEILLER EDF BLEU CIEL M’A TUER*
Stade Malherbe de Caen - OGC Nice : 1-1
9e journée de Ligue 1
Buteurs : Frau pour Caen, et... Attendez, je surmonte la honte. Gnnnn... Mouloungui pour Nice. Si.
Arbitre : M. Millot. Qui était bien embêté de ne pas avoir pensé à ses lunettes infra-rouges.
Spectateurs… : 13 234. Il paraît que certains sont encore dans le stade et cherchent la sortie désespérément, à tâtons.
Rassasiés par le spectacle ? : 3/5. Disons que ce fut un match obscur.
Le geste du match : le coup de génie de Joël, 43 ans, électricien indépendant, qui a fait sauter le disjoncteur de d’Ornano en se disant que l’arbitre penserait que c’était la fin du match. Oui, ça a failli marcher.
L’anti-geste du match : la conservation de balle absolument stupide et indéfendable de Nico Seube, qui finit par se faire chiper la gonfle par une meute de Niçois enragés, lesquels égalisent trois secondes plus tard. Epic fail.
............................
EDF Bleu Ciel
Référence : 24AQH567834
Nos réfs : xxx
Interlocuteur : votre conseiller EDF Bleu Ciel
Tél :
Objet : Règlement - Facture impayée - Lettre de relance
À monsieur Franck Dumas
Stade Michel d’Ornano, boulevard Georges Pompidou, 14000, CAEN
Le 16 septembre 2011,
Monsieur,
Le règlement de votre dernière facture, d’un montant de 4 221, 87 euros, ne nous est pas parvenue. Sa date de limite de paiement est maintenant dépassée. S’il s’agit d’un oubli, nous vous demandons de nous envoyer votre règlement sans délai accompagné du coupon ci-dessous à l’adresse indiquée.
Si vous avez effectué très récemment votre paiement nous vous remercions de ne pas tenir compte de ce courrier.
À défaut d’un règlement dans un délai de 15 jours à compter de cette date, votre fourniture d’électricité pourra être suspendue. Nous attirons votre attention sur le fait que le déplacement pour cette intervention est facturée 47,90 euros TTC.
Naturellement, si vous souhaitez de plus amples informations, je reste à votre entière disposition au numéro suivant : 09.69.39.44.xx.
Votre conseiller EDF Bleu Ciel
....................
À : mon conseiller EDF Bleu Ciel
De : Francky
Objet : pas content
Monsieur,
Je me permets de vous faire parvenir cette lettre pour vous faire part de mon plus profond mécontententem... de mon plus grand déjaroi... de ma... Bref, je suis tout colère. Que je vous explique... Samedi, on avait match, et on jouait les Niçais.
Déjà, il faut se mettre à leur place, ils venaient de vachement loin pour nous voir, et finalement, on a fini par se perdre de vue, quand le stade a été plongé tout entier dans le noir à la 88e minute.
Je suis tout à fait conscient que le règlement de ma dernière facture EDF accusait quelques semaines de retard. En même temps, c’est pas tellement ma faute, c’est surtout celle de Pilou, qui m’avait dit de relancer à tapis avec ma paire de 9, et ça m’a coûté bonbon. J’ai perdu à peu près tout ce que j’avais gagné avec ma pub pour la sélection de meubles Catherine Rose, à Ouistreham (si vous n’avez pas encore vu cette pub mémorable, cliquez ici, merci). Tout ça pour dire que j’ai été en flux tendu au cours des dernières semaines, qu’il a fallu que je refourgue Marcq à Dijon et Yatabaré à Monaco pour payer le loyer du mois de septembre, et que le salaire de PAF n’arrange rien. Mais bon, c’est humain, de se retrouver dans une situation financière compliquée, non ?
Donc samedi dernier, là, on recevait Nice. Les Niçais, c’est des mecs, on les surnomme les Aiglons, parce que si ça leur tombe pas tout droit dans le bec, ils sont incapables de bouger leur cul et d’aller chercher des points eux-mêmes. On leur a servi l’apéro, et tout (la seule trace qu’a laissée Patrick Remy à Malherbe, c’est une caisse pleine à craquer de pastis avec écrit dessus "Merci pour Idrissou" ; on n’a jamais trop compris, mais c’est pratique pour accueillir les gens qui viennent nous rendre visite du sud), la soirée se passait à merveille, y a même Frau qui a marqué un but (visiblement, il a décidé de suivre un rythme d’un but par mois, ce qui nous revient à 120 000 boules le but, c’est pas donné, vous en conviendrez... Ou alors il s’est aperçu que je ne lui avais pas encore versé son salaire et il a décidé de me rappeler à l’ordre. Notez bien qu’il peut toujours courir, parce que si j’ai plus un kopeck pour EDF, c’est pas pour lui refiler tout son pognon, à ç’ui-là). On menait 1-0, donc, on allait prendre les trois points, tranquillement, quand tout à coup, toutes les lumières se sont éteintes.
Au début, on s’est dit "Pas de panique, c’est les plombs qu’ont dû sauter" et Branger a couru en petites foulées jusqu’au compteur, tout au fond des vestiaires, derrière une lourde porte de fer qu’on n’ouvre jamais, et puis on l’a entendu crier très fort... "Bon ben j’comprends pas, tout semble en ordre, même si j’y connais pas grand-chose. Par contre, quelqu’un peut me dire qui avait enfermé Oumar Bakari là-dedans ? Il est recroquevillé dans un coin, sous les toiles d’araignée, il dit que Papa l’a jamais vraiment emmené à Charleroi et qu’il lui a dit de se cacher ici".
Du coup, on a compris que la situation était un peu plus grave que prévue. Pilou faisait des grands gestes pour expliquer au quatrième arbitre que c’était une éclipse de soleil, qu’on n’était pas responsables, et que le match devait continuer. "Au pire, il a ajouté, on peut s’éclairer à la lumière du briquet de Francky". S’il croit que je vais prêter comme ça mon Zippo à l’arbitre, ça va pas, non ?
Notez bien que l’idée de finir le match vite fait mal fait dans le noir, c’était pas complètement con, comme idée. Les Niçais, ils avaient déjà tellement de mal à distinguer notre but avec les projos allumés, j’vous jure, on aurait été peinards pour qu’ils dégotent ne serait-ce que notre surface de réparation dans le noir. Bulot et Niang venaient de commencer une grande partie de colin-maillard, sous le regard attendri de Traoré, qui leur a ensuite proposé de jouer avec eux, mais seulement s’il tout le monde jouait à cloche-pied sauf lui.
Et puis il y avait Nico. Lui, dès qu’il a vu la lumière s’éteindre, il a cru qu’on lui faisait une surprise pour son anniversaire. Son anniversaire, c’est au mois d’août, mais comme tout le monde avait oublié (sauf Hengbart qui a enfin pensé à lui envoyer quelques places pour Auxerre - Real Madrid), on lui a dit qu’on lui réservait une surprise pour plus tard. Bref, là, ça a pas loupé, toutes les lumières ont sauté, et on a entendu Nico crier "Ouééééééé..." et s’échapper en direction des vestiaires. Le cri s’est peu à peu atténué alors que Nico disparaissait dans les entrailles du stade, et puis ce petit salopard a fini par trouver le magnum de Veuve Clicquot qu’on gardait pour le jour où on gagnerait enfin la Coupe de la Ligue, et il revenu sur le terrain en courant, ça a fait "...éééééééééééé..." quand il est passé près de moi, et on a entendu le bouchon sauter dans le noir, et Nico s’est aussitôt arrêté de crier ("...éééééééééééé !" puis "glou-glou-glou" etc).
Tu parles, dès que le courant est revenu, les Niçais, ils se sont jetés sur Nico qui jouait au ballon paisiblement, avec à peu près 3 grammes de sang dans son alcool ; au début, il a réussi à en éviter un, puis deux, il nous a dit après le match qu’il était poursuivi par des gigantesques dindons, et puis il a fini par tomber dans l’herbe, ivre mort, et Nice est allé marquer le but de l’égalisation.
Monsieur le conseilleur d’EDF, je vous écris donc pour vous dire que je trouve intolérable qu’on coupe le courant aux gens comme ça. Je tiens également à vous signaler que j’ai déjà eu quelqu’un de chez vous au téléphone à propos de ce retard de paiement, et que l’entretien s’est très mal passé ; quand j’ai proposé de payer en vous refilant Livio Nabab, votre conseiller m’a crié dessus très fort comme quoi, vous savez, m’sieur Dumas, il y a un bon quart de la forêt anamozienne qu’a été coupé pour qu’on puisse vous envoyer vos lettres de rappel, alors c’est bien fait pour vous, ce qu’il vous arrive !
J’exige donc qu’on nous rende au plus vite les deux points qu’on a perdus, et grâce auxquels on devrait être septièmes, devant nos cousins bretons de Rennes.
Monsieur, veuillez accepter mes salutations distinguées,
Francky Dumas.